Publié le 07/08/2006 à 12:00 par ouahioune
L'HOMME LIBRE EST CELUI QUI NE CRAINT PAS D'ALLER J'USQU'AUBOUT DE SA RAISON!!!
--
Publié le 07/08/2006 à 12:00 par ouahioune
A toi vaillant combattant, blessé, meurtri
tien toi debout.
Résiste et rassemble tes forces
Ne cède pas au découragement
Car tes ennemis n’attendent que le
moment propice
Pour te jeter dans le gouffre ténébreux, dont
le fond[COLOR=red] est à des milliers km de la planète terre.
Pense tes blessures avec les plantes aux vertus
curatives incontestables de ta terre généreuse.
Ne baisse pas ta garde
Soit vigilant
Car des charognards
Surgis des ténèbres, des temps révolus
Te suivent de prés
Et s’apprêtent à te porter le coup fatal
au moment de ton fléchissement.
Suit l’amour de la rivière polluée et empestée
Pour atteindre sa source inviolée et boire
de son eau pure et revigorante
Fais-toi du feu pour te réchauffer
Et repousser avec les tisons ardents
Les loups qui rodaient à l’affût,non loin de toi
Bats-toi comme le vieil homme et la mer
Tu conduiras sûrement ta barque jusqu’au port d’attache.
Publié le 07/08/2006 à 12:00 par ouahioune
Une vie au service des causes justes
Confronté très tôt à la difficulté du fait de la modestie de son milieu d’origine, Djaffar fit de l’amazigité un idéal.Né dans la rude Kabylie de la guerre de libération, il a dû y connaître, très tôt, ce qui ne peut être rendu que par le terme amazig de «Tamara » et fut naturellement voué au combat pour la démocratie et l’amazigité. « Ce sont donc, à la fois, force du souvenir non délibéré, et ce révélateur d’une vérité fondamentale du pays, qui caractérise le combat de Djaffar »
Eprouvé comme tout enfant du peuple par l’oppressante situation coloniale puis par une injuste Algérie indépendante, Djaffar fit du militantisme sa raison d’être.L’Algérie vient de perdre un de ses plus dignes et illustres enfants, esprit indépendant, enseignant de talent, un homme de courage et de conviction.
Fils de Belaid et Dahbia, Djaffar Ouahioune est né, le 14avril1957, à Tassaft, issu d’une famille aisée, avec deux frères et trois sœurs ; il perdra son père, qui était militant au sein du (MTLD) de Messali, à l’âge de trois mois.
L’enfance du petit orphelin se déroula, en toute stabilité, dans son village natal, où il à fait ses études primaires de 1963 à 1969, l’année ou il obtient son premier concours de 6eme année, il fut admis à l’école des pères blancs à Beni-Yanni, en compagnie de Mustapha Bacha et d’autres camarades de son village.Comme il était un brillant élève, toujours en quête de savoir, il étudiait même durant la période des vacances et pendant ce temps, son école à lui c’était les champs, où il était berger de quelques brebis qui appartenaient à sa mère.Durant quatre ans d’études et du bon travail à l’école des pères blancs, il fut admis au lycée.
En 1973, Djaffar, fait sa première sortie de sa région vers Constantine, où il fréquenta le lycée de «Mansoura ». Malgré les frais très élevés du déplacement et des études, par rapport à la situation financière de sa famille, il trouva l’aide morale et matérielle de ses deux frères aînés.
Après quelque temps, il fut exclu du lycée, momentanément, pour ses observations impertinentes et répétées en cours d’instruction civique de Boumediène. En remarque par-là que le combat de Djaffar a commencé très tôt, dés son jeune âge, il était conscient des enjeux politiques de notre pouvoir et de la question identitaire.Il arrêta ses études durant toute l’année 1975, à cause du décès de sa mère, puis les reprennent l’année suivante.
Deux ans plus tard, en 1978, il décrocha, dés la première fois, son baccalauréat à «Mansoura » et pour l’encourager, son frère aîné lui offre une voiture de marque (R8), comme cadeau a son succès.
« C’est cette force de Djaffar que je garde aujourd’hui, celle d’un homme qui s’est battu tout au long de sa vie, et qui court toujours à la recherche de la liberté »Il fut par mis les premiers étudiants à fréquenter l’université de «Ouad-Aissi » à Tizi-Ouzou, nouvellement ouverte, où il commença son combat culturel sur le terrain, c’est dans l’université que fut la création de cet homme de courage et de conviction, et le début de son combat pour les causes justes.Il était un membre influent du mouvement culturel berbère (MCB), un militant dynamique, de grande culture.Il évoluait à l’aise dans les domaines culturel, politique et social. Il avait tout aussi de grandes capacités d’analyse, sereine et réfléchie.
Si Djaffar a participer aux événements du printemps 80, c’était seulement pour l’amour de sa langue maternelle, Tamaziγt et ce pays qui pleure ses intellectuels et ses hommes aujourd’hui, il était là pour préparer la toute première manifestation du 11 mars, an lendemain de l’interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri, il avait résumer l’événement à travers cette saisissante formule kabyle « ASS N 11 DI MEΓRES ID N-SSEγRES ».
Ou encore à Alger, les étudiants ne parvenaient pas à tirer leur tract, car le responsable de la reprographie exigeait une autorisation de son supérieur, leur course se terminait inlassablement devant la porte cadenassée de la salle de tirage, arriver sur les lieux, il fit volez le verrou d’un coup de pied, il tira le tract sans se soucier davantage d’une quelconque permission, après les événements du 20 avril 80, fut arrêter pour la première fois par la gendarmerie de Tassaft avec son compagnon de lutte Hand Saâdi, après quelques jours il s’échappa.
Fondateur de la revue « Tafsut », il a était dénoncé, les gendarmes étaient venus perquisitionner chez lui pour chercher la ronéo de «Tafsut ». Il leur expliqua qu’on ne violait pas l’intimité d’une maison kabyle et l’argument les avaient convaincus, pourtant la ronéo était bien la chez, lui !
« Tafsut » dont il fut l’un des fondateurs, publia dans son premier numéro
un percutant poème « ADRUM SWEγRUM » où il fustigeait cette légion de kabyle de service.
Les gendarmes, «IJERMIDEN », comme il les appelait avaient fini par cesser de le poursuivre. Son aplomb face à eux est admirable.
Apres quelques années d’enseignement à « Fouka »c’est le grand retour de Djaffar vers sa région, où il enseigna les mathématiques au lycée de Beni-Yanni, ex école des pères blancs ou il a était déjà élève.
Djaffar est à remercier et à congratuler pour ses allées et venues au service du savoir et de la science. Fidèle au poste, à l’écoute des élèves et de leurs parents. En retient de Djaffar un fidèle patriote, engagé cœur et âme pour le mouvement berbère.Ce samedi matin, 10 mai, rien n’était habituel, cette chaleur ne prétendait rien de bon, assister aux cours, sans vraiment y être.
Soudain, vers 10h30, rien à comprendre.
Les détonations provenants de l’intérieur du lycée, les cris, les bousculades, puis la fuite vers l’extérieur. Par bribes, les informations tombaient : c’est Djaffar qui vient d’être tué. Incompréhensible… impensable. Rien à dire. Les confidences s’arrêtent net ; la voix s’éteint sur un sanglot étouffé.
Vers 10h30, huit individus armés, sont introduits tranquillement dans la petite loge du gardien, les uns en tenues de gendarmes, d’autres en tenue militaire et un civil bien costumé tenant un talkie-walkie. Ils tiennent le jeune Kamel, avant de gagner la salle 13,où enseignait Djaffar, et ils ont obligé le surveillant général de l’établissement de les accompagnés.Le prof de maths est surpris en plein cours par cette visite inattendue, il s’est fait déposséder de son arme (une MAT49), puisqu’il n’a pas eu le temps de riposter à ce qu’il croyait être des membres de service de sécurité.
« Il ne savait jamais quand, jamais on ne lui fixait de rendez-vous. Il venait tôt le matin, pour une petite heure »Atteint de plusieurs balles, il se précipita vers la porte en poussant l’un d’eux en dehors de la classe, où il sera achevé à bout portant par ses assaillants, devant les yeux effarés de ses élèves. Une fille qui se trouvée au tableau a été touchée à la jambe. Les individus armés ont eu aussi le temps de tuer le jeune Kamel avant de prendre la fuite.C’est ainsi que les élèves, ont assisté en direct à l’assassinat de leur professeur des mathématiques.C’est une grosse perte. Il était de la trempe de Mustapha et d’Ammar.
Comme une école, Tassaft Ouguemoune a enfanté Amirouche, oncle de Kamel ; Djaffar, parent de l’écrivain connu Chabane Ouahioune ; Mustapha, la réincarnation de Ammar Ould Hamouda, tous animés d’un esprit de lutte, de combat pour la liberté et la démocratie, leur milieu naturel. D’autant que l’activité politique est innée, dans ces différentes familles, les rassemblant ainsi dans une seule et même famille.
Publié le 07/08/2006 à 12:00 par ouahioune
Le provocateur ne se taira pas
D jaffar, le rebelle s’en allé. En beauté. Avec courage. Dans la douceur d’un printemps kabyle furieux. Il est parti à l’âge où la sève devenue bourgeon s’éclate en fleur.
Il est parti, mais il ne l’a pas voulu. Algérie, pourquoi faut-il que tu punisses toujours ceux qui t’aiment et te servent le mieux ?
Djaffar a rejoint la liste déjà longue de ceux qui se sont offerts pour ce pays, chatte dévoreuse de sa progéniture. Rassurez-vous, nous ne pleurerons pas, nous nous laisserons pas abattre par le défaitisme comme s’y attendent certainement les commanditaires du crime.
Les pauvres ! En continuant à mener leur combat de lâches qui ne frappent que par derrière, en tirant sur lui alors qu’il ne pouvait riposter, ils s’imaginent qu’ils viennent d’anéantir l’Algérie.
pourtant, eux qui connaissent si bien «l’irréductible », ils doivent savoir que les graines qu’il a semées ont pris. L’Algérie porte dans ses entrailles beaucoup de Djaffar.Que les criminels, leurs soutiens politiques et financiers se détrompent, ils ne recueilleront que l’effet inverse de leurs stratégies. Djaffar l’a ainsi voulu.
A chaque fois qu’ils tueront, l’amour de cette terre ancestrale étreindra la relève qui s’érigera en rempart contre la bête immonde. Ils appelleront encore au meurtre, de leurs planques de luxe et de luxure, de leurs prisons ou des salons de l’occident, mais l’Algérie en ressemblera qu’à elle-même, celle de Djaffar : Républicaine, Démocratique, Amazig et impitoyablement moderne. Et c’est pour cela qu’il est toujours là. Il restera ce symbole du militantisme qui n’accepte pas qu’on lui fixe ses conditions et qui sait se tenir la tête haute.Nous savons le combat qu’il a mené pour tenter d’apaiser les douleurs causées aux siens par d’odieuses violences. Djaffar n’est pas un militant de bureau, il ne s’est jamais contenté de parler. Il active et fustige tout ce qui porte atteinte à son pays. La critique, la condamnation et l’action sont chez lui une nature.
Djaffar est ainsi, il dérange. Il donne des coups de pied dans les fourmilières sans complaisances comme une sorte de conscience vivante. Ni les balles, ni l’oppression et encore moins la répression n’ont pu avoir raison de lui. Car ses luttes son indissociable de sa vie ou bien plus précisément, sa vie est dans ses luttes mêmes.Nous ne pleurons pas. Djaffar n’est pas un homme qui pleure. C’est un homme qui «fait ». Djaffar crie son amour et sa foi en son pays et sa voix résonnera toujours à l’unisson de celles des bâtisseurs de l’Algérie.
Publié le 07/08/2006 à 12:00 par ouahioune
L a nuit, quand je ferme les yeux j’ai peur, quand je les ouvre j’ai peur, j’ai peur quand je m’enferme chez moi. J’ai peur quand je sors dehors. Mon éternel tourment me suit partout. Les gens ont peur des fantômes, d’autres ont peur de la prison, de la vieillesse, ils ont peur de mourir. Ne dit-on pas que quand l’heure a sonné, il faut y aller…
Je veux bien y aller, mais pas n’importe comment et je voudrais savoir qui va appuyer sur le bouton de la sonnette.
Au tour de moi, tous les jours, des hommes, des femmes sont tuées, égorgés. Je ne veux pas de cette mort, non ! Si dieu existe là-haut, je voudrais lui dire pourquoi m’a-t-il crée pour finir égorgé par les mains de fanatiques fous et lâches ? Pourquoi, as-tu besoin de mon sang ? Toi qui es tout puissant.
Comment as-tu pu laisser assassiner ces milliers de victimes de façon si humiliante et si lâche ?
Ce n’est pas la guerre chez nous, c’est une boucherie où la viande, à défaut d’être mangée, est enterrée.
Comment me demandes-tu de croire en toi, ô ! Dieu, car ils viendront pour me tirer une balle dans la tête ou encore pire, m’égorger en scandant ton nom. Je peux tout comprendre, tout excuser, tout oublier, sauf ce besoin de répondre le sang des innocents même si c’est en ton nom.
Dis-moi que faire quand on n’a que deux mains nues, trop blanches pour arrêter les balles, stopper la lame d’un couteau ? Je n’écris pas ces quelques lignes pour étaler mes états d’âme, non, j’écris pour Djaffar, Kamel et les prochaines victimes. Nous savons maintenant que l’état a admirablement montré ses limites.
Nous sommes seuls et que peut-on faire pour défendre notre droit à la vie ou notre droit à la mort ?
C’est votre infériorité morale
Qui vous poussent à faire du mal
Le bien n’est pas votre objet
Puisque vous en êtes déchargés
Ne vivant que pour vous-même
Vous êtes pris pour faux théorème
Si faible que soit ma lutte
Vous n’atteindrez pas votre but
Pour le moment vous en profitez
Mais en tous, il y aune limite
Vous avez fait grossir votre bourse
Seul, vous remonterez à votre source
Vous avez cru assurer votre avenir
Or vous n’avez jamais su choisir
Dites-moi, que vous reste-t-il ?
Vous êtes pareil à une île
Qu’entoure l’océan rébarbatif
En vous, il n’y a rien de massif
Publié le 07/08/2006 à 12:00 par ouahioune
Rebelle, errent, militant des causes justes, paladin, irréductible, vigile de la liberté, la liste est vraiment longue, car cet orpailleur et cet apôtre des révolutions est né et demeure au présent.
Djaffar Ouahioune une fois pour toutes a décidé de vivre debout dans son pays quitte à en payer le prix. On le lui a bien fait payer, comme à Kamel et tant d’autres militants des causes justes.
Oui, nous sommes tous là et nous les pressentions, mais Djaffar & Kamel mettent le doigt juste là où ça fait mal. Ce pendant rassurez-vous, la douleur ne dure pas.
Constamment Djaffar sème l’espoir en montrant le chemin. Son assassinat fera date dans le combat de notre génération, car plus que son histoire, il en traduit l’atmosphère et la fibre profonde.
Il constituera une étape essentielle vers notre libération vraie, c’est-à-dire celle que nous réaliserons d’abord en nous-mêmes.
Djaffar n’est pas mort.
Kamel n’est pas mort.
Les héros ne meurent jamais. Les fils dignes de l’Algérie ne meurent pas. Ceux qui meurent sont leurs assassins, les commanditaires des assassinats, qui n’osent même pas assumer publiquement leur traîtrise. Ils agissent en lâches, en vils, ces monstres qui ne vivent qu’en eau trouble.Djaffar, Kamel, votre absence a laissé un vide immense, au moment où ce pays a plus que jamais besoin de ses enfants.
Sachez qu’il y a encore des êtres qui luttent pour votre cause et que vous resteriez à tout jamais dans nos mémoires et celles de tous les Algériens soucieux de l’avenir de ce pays.
Publié le 07/08/2006 à 12:00 par ouahioune
Lettre de Hand sadi pour Djaffer
Jeune, mais déjà ancien militant de la cause amazig, je t’ai connu en ce printemps 80. Tu étais alors étudiant à l’université de Tizi-Ouzou.Je ne me souviens pas de notre première rencontre, mais elle a dû avoir lieu tôt, puisque je venais te voir pour préparer la toute première manifestation du 11mars, au lendemain de l’interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri. Impulsion décisive à ce formidable mouvement qui deviendra le printemps berbère. Tu avais résumé l’événement à travers cette saisissante formule kabyle «ass n 11 di magres id-nessegres », (Un jour du onze mars que nous avons rompu nos entraves !).
L’image qui me reste de toi et celle de l’étudiant frondeur et bouillonnant, sillonnant le pays pour propager la contestation. A Alger, les étudiants ne parvenaient pas à tirer leur tract, car le responsable de la reprographie exigeait une autorisation de son supérieur. Ballottés d’un responsable à un autre, leur course se terminait inlassablement devant la porte cadenassée de la salle de tirage. Arrivé sur les lieu, tu fis voler le verrou d’un coup de pied, mis en marche la Ronéo, et tu tirais le tract sans te soucier davantage d’une quelconque permission.
C’était tout toi. Elève au lycée à Constantine, tu fus exclu pour des observations impertinentes et répétées en cours d’instruction civique de Boumédiène. Ayant été ton enseignant, je me souviens n’avoir pas été toujours complaisons avec toi. Mais tu ne m’en as pas tenu rigueur, puisque à l’extérieur des cours, nous nous retrouvions dans la fraternité du combat où plus aucune hiérarchie n’était de mise : tu te souviens de notre arrestation à la gendarmerie de Tassaft ? Nous étions attachés l’un à l’autre par une paire de menottes. Tu découvrais le contact glaciale du métal et l’implacable mécanisme qui en faisait resserrer l’étreinte à chaque mouvement indocile. Tu n’avais pas un tempérament à accepter la discipline qu’imposait l’instrument, ton esprit se tournait ailleurs, vers la fenêtre par laquelle tu me proposais de sauter, mais notre compagnon Arab était lui attaché à un lit de ferraille.
De ce jour, il me revient encore la multitude de tes démêlés avec les gendarmes qui ressortaient tous les dossiers ; il y avait bien sûr les tracts, ceux de Tizi, de Michelet et d’ailleurs, mais aussi une affaire de permis de conduire à boudouaou, et bien d’autre encore. Tu me paraissais pas accablé pour autant. Ton aplomb face à eux est admirable. Le sommet en a été l’affaire de la pérquisition sans doute, dénoncé par quelqu’un, les gendarmes étaient venus perquisitionner chez toi pour chercher la Ronéo de Tafsut. Tu leur as expliqué que l’opération était risquée, on ne violait pas impunément une maison kabyle, et que si l’on forçait l’entrée, en sortir devenait problématique, surtout vivant.
L’argument les avait convaincus, les gendarmes renoncèrent à leur perquisition et tu échappais à un emprisonnement, car la Ronéo était bien là, chez toi !
Tafsut dont tu fus l’un des fondateurs publia dans sans premier numéro, un percutant poème «Adrum s wegrum », (Le pain du reniement) que tu signais et où tu fustigeais cette légion de Kabyles de service qui se font les chantres de l’arabisation.ijermdhen, comme tu les appelais, avaient fini par cesser de te poursuivre, d’autres qui ont revêtu leur uniforme ont pris le relais, semant terreur et barbarie sur leur passage. Mais indomptable dans l’âme, tu ne sauras pas te soumettre à ceux-ci, pas plus que tu ne sus te soumettre aux précédents. Je sais, un sens de l’honneur aussi aiguisé, peut prendre des allures de provocations. Il se trouvera même quelques-uns pour penser secrètement que ta mort, tu l’as cherchée. Car enfin, pourquoi diable, s’impliquer avec autant de risques personnels dans des problèmes qui, après tout concernent toute la collectivité ?
Pourquoi ? Parce que tu es de cette race d’hommes, authentiques pionniers, qui empruntent les chemins raides et escarpés, délaissants les sentiers tortueux. Je peux te le dire aujourd’hui Djaffar, tu fais partie de ces quelques figures avec Mmis n Slimane, ce maçon que j'ai’ connu autrefois à l’Académie berbère, dont l’engagement dans le même mouvement m’a conforté dans ma conviction. Vous êtes des repères, des guides. C’est le sentiment que j’ai éprouvé en vous retrouvant au RCD.
« Parce que la montagne toute proche ne protège plus le village du sirocco ni des sauterelles », écrivait Mammeri, il se trouve aujourd’hui encore à deux pas de chez toi, des kabyles pour promettre de t’arabiser avant l’an 2000. Des tueurs intégristes ne leur en ont pas laissé le temps. Des assassins, peut-être hébergés si prés de chez toi, parce que la montagne ne protège plus du sirocco ni des sauterelles, la colline oubliée.
Djaffar, je sais ce que plus tard, tu me diras là-haut : la prochaine fois, ils ne t’auront pas, tu ne baisseras pas ta garde, même durant ton cours. Non Djaffar, ils ne soumettront toi dont le meurtre même résonne comme un appel à la résistance pour l’éternité, un appel qui se perpétue depuis la mort de Jugurtha dans une cellule romaine, il y a plus de deux mille ans.
Tu lui diras, là-haut, que les fils du pauvre n’ont pas peur.
Hand Sadi